D’abord, il y a le silence sur le terrain vague de l’école.
Ou alors seulement le bruit du vent dans les feuilles du vieux chêne de la cour de
récréation.
Ensuite, il y a le bruit strident, celui de la cloche qui résonne dans toute l’école et au-delà.
Le temps reprend son cours au fur et à mesure que le brouhaha des enfants sortant
de classe monte.
La cour de récréation qui était vide et silencieuse se trouve en un instant remplie
par des dizaines de marmots qui la traversent en courant et braillant.
Les marmots rentrent en rang d’oignon et le silence revient sur le terrain vague de
l’école.
Enfin, c'est le calme après la tempête.
Car oui, c’est une véritable tempête qui vient de traverser la cours de récréation.
En attestent les ballons qui roulent encore dans les rigoles,
Une veste perdue sur un banc,
Des plots qui jonchent le sol à côté du bac à rangement,
Un paquet de billes perdu,
Une balle coincée dans les branches du grand chêne.
Que de traces de jeux d’enfants turbulents.
C’est beau les jeux d’enfant…
Mais je ne vois pas le rapport avec l’art.
Le jeu de la création ne dure pas le temps d’une récréation, mais bien des heures,
des jours, des semaines durant.
C’est la boule au ventre et l’esprit torturé que l’on écrit, efface, remplace les mots et les idées.
Et si quand l’on crée, on joue à cache-cache avec la créativité, les limites du jeu sont bien plus étendues que le simple
terrain vague de l’école.
L’art ne suis aucunes règles enfantines. S’il fallait respecter le code couleur d’un
mandala pour devenir artiste, ça se saurait. Non, l’art se réinvente au travers du
regard de chacun·e et il n’a pas pour seule ambition d’amuser la galerie.
L’art est un
enjeu :
il dénonce, pointe du doigt,
il met en lumière et célèbre.
Il émeut, il fait rire ou pleurer.
Il dérange parfois, il inspire souvent, il est indispensable tout le temps.
Si l’art n’est pas un jeu d’enfant,
ce n’est pas pour autant que les enfants ne peuvent pas faire de l’art.